Les Récifs Coralliens (partie 3)

 

On a vu la situation vraiment préoccupante des récifs coralliens dans le monde, maintenant voyons un peu l’écologie de ce biotope si particulier.

 

Récifs coralliens

Comment se nourrit un atoll.

La partie centrale de l’océan Pacifique, qui abrite les grands atolls polynésiens, est considérée comme l’une des régions où la production primaire est la plus pauvre : c’est un véritable désert océanique. L’eau de mer pure et transparente contient très peu de sels nutritifs, nitrates et phosphates, et par voie de conséquence peu de plancton, peu de poissons etc. C’est pourtant là que le voyageur aperçoit, depuis l’avion, ces grands anneaux grouillant de vie que sont les atolls. La biomasse de la faune vivant sur les atolls et autour d’eux est considérable et contraste avec son environnement désertique. Quels mécanismes alimentent cette vie? C’est un véritable bilan énergétique qu’il faut établir.

L’atoll est-il un filtre ?

La mer se brise tout autour du récif. Elle passe par dessus la crête récifale et pénètre à l’intérieur du lagon par ruissellement en surface et en s’infiltrant dans les cavités, les fissures et les canaux ouverts dans la masse du récif. Toutes ces surfaces sont couvertes de madrépores et d’animaux variés qui, au passage de l’eau, y prélèvent les particules alimentaires contenues.

La plupart de ces animaux sont des carnivores microphages. Ils se nourrissent des particules organiques, vivantes ou mortes, qui sont piégées par les tentacules ou les filets de mucus qu’ils déploient. Ce système de filtration est très rentable : il utilise les courants marins, les vagues et les marées, et ne dépense que très peu d’énergie. Il peut fonctionner quelle que soit la teneur de l’eau en particules, à l’inverse des systèmes utilisés par les filtreurs actifs (éponges, mollusques, etc.) chez qui il existe un seuil en deçà duquel l’animal dépense, pour filtrer l’eau, plus d’énergie qu’il n’en retire.

La couronne du récif fonctionne donc comme un véritable filtre et extrait de l’eau environnante le peu de nourriture qui s’y trouve. Mais compte tenu de la pauvreté des eaux autour de l’atoll, ce mécanisme est loin d’expliquer l’énorme biomasse du récif.

La production primaire par les végétaux

Le récif est à fleur d’eau, c’est-à-dire dans la zone où les algues peuvent vivre en utilisant la lumière solaire et le gaz carbonique, même si leur développement est limité par la pauvreté des eaux en sels nutritifs. La partie supérieure du récif est constituée par un massif d’algues calcifiées encroûtantes qui jouent un rôle prépondérant dans son édification. Ces algues servent peu à la nourriture de la faune du récif. Quant aux grandes algues molles et aux phanérogames, elles sont peu abondantes. Ces types de production primaire contribuent à la vie du récif, mais n’expliquent pas non plus l’origine de la biomasse corallienne.

Il existe pourtant une catégorie d’algues qui n’est pas limitée par le manque de sels nutritifs : ce sont les algues symbiotiques unicellulaires. Elles vivent dans les tissus des madrépores et de beaucoup d’autres invertébrés du récif. Une seule espèce d’algue, souvent nommée zoochlorelle, le Gymnocystis, qui appartient au groupe des dinoflagelées, envahit les tissus des madrépores où l’on peut compter plusieurs millions de ses cellules par centimètre carré. La symbiose algue-madrépore est indispensable à la vie de chacun. Le madrépore fournit à l’algue le gaz carbonique et les déchets azotés de son métabolisme, tandis que l’algue lui donne l’oxygène et les métabolites qui constituent une part prédominante de son alimentation. Des recherches récentes montrent que les produits qui diffusent de l’algue jouent un rôle important dans l’édification du squelette calcaire du madrépore.

D’autres animaux, tel le bénitier, bénéficient du même type de symbiose. Connu comme le plus grand des bivalves, il tire lui aussi l’essentiel de ses besoins énergétiques des algues auxquelles il est associé.

Les madrépores, les bénitiers et d’autres espèces animales deviennent donc de véritables producteurs primaires qui tirent leur énergie de la lumière. Les coraux eux-mêmes servent de nourriture à certains poissons et à des échinodermes comme la grande étoile Acanthaster, destructrice des récifs.

L’auto enrichissement

Il ne faut pas considérer seulement la faune et la flore sédentaire de l’atoll, mais également prendre en compte la masse de poissons qui gravite autour de l’anneau de corail ou qui pénètre dans le lagon central. Ces poissons sont attirés par la concentration de vie, les proies, les abris possibles, etc. Leurs déchets azotés enrichissent en engrais les eaux du lagon et celles bordant l’atoll. Ils activent ainsi la production du phytoplancton.

L’ « endo-upwelling »

Il y a quelques années, des chercheurs français ont proposé une nouvelle hypothèse pour expliquer l’apport supplémentaire de sels nutritifs constaté dans les atolls. Ceux-ci apparaissent, en effet, sur le sommet de volcans sous-marins dont la partie interne reste chaude. L’eau de mer alors, en s’infiltrant dans le socle volcanique par une multitude de fractures, s’y réchaufferait et dissoudrait des éléments minéraux. Elle percolerait ensuite à travers le sédiment et le massif de corail pour enrichir les eaux de l’atoll, favorisant la production de phytoplancton et d’algues. Cette hypothèse d’un endo-upwelling est une généralisation du principe des sources hydrothermales sous-marines. Elle est séduisante car elle permet d’expliquer pourquoi l’atoll demeure un milieu extrêmement riche.

 

Blanchissement des coraux dans l’archipel de Bora Bora

 

Blanchissement des coraux

PAPEETE (AFP) – Un phénomène de blanchissement des coraux, accompagné de la mort de plusieurs centaines de poissons du lagon, affecte depuis une semaine l’île de Huahiné (îles Sous-le-Vent), puis a été observé à Tahiti et Moorea et surtout Bora Bora.

Les premières analyses effectuées vendredi, à Tahiti, par l’Institut Louis Malardé, qui dépend de la Direction de la santé publique, indiquent qu’il s’agit là d’un phénomène naturel dû « à la diminution des échanges entre l’océan et le lagon et, par voie de conséquence, à une raréfaction de l’oxygène dans l’eau du lagon ». Si les poissons meurent donc par manque d’oxygène, le blanchissement du lagon est lié à une hausse de la température des eaux du lagon ou à une baisse de leur salinité.

A Bora Bora ou à Papara, sur la côte ouest de l’île de Tahiti, c’est la température excessive des eaux (au moins + 1° par rapport à la normale) qui, expliquent les spécialistes, provoque « le stress du corail ». Celui-ci se débarrasse alors d’algues microscopiques qui sont pourtant indispensables à sa vie et « il blanchit ou meurt lentement ». En fait, un retour à la normale permet très souvent au corail stressé de retrouver « sa forme » et ses couleurs.

De son côté le quotidien « les Nouvelles de Tahiti » affirme que le phénomène du blanchissement du corail s’est déjà produit à sept reprises au cours des vingt dernières années en Polynésie. En 1990, lors de l’épisode le plus sévère précise le quotidien, 51 % des colonies de corail de Moorea avaient blanchi mais seules dix-sept en étaient mortes.

Pour l’Institut Louis Malardé, le blanchissement du corail, la prolifération de micro-algues et les décès de poissons sont des signes « de la mauvaise santé des lagons polynésiens liée aux activités humaines comme l’agriculture ou l’utilisation massive d’engrais à base de nitrates et de phosphates ».

VIBRIO SHILONII

Autres dénominations : Vibrio AK-1, Vibrio shiloi (sic).

Systématique

En juillet 2001, Kushmaro et al. valident la nomenclature de Vibrio shiloi (sic) pour deux souches bactériennes isolées de coraux (Oculina patagonica) atteints de la maladie du blanchiment.

Les caractères phénotypiques de ces souches suggèrent leur appartenance au genre Vibrio. La séquence de l’ARNr 16S de la souche AK1 (future souche type de Vibrio shilonii) présente environ 99,4 p. cent d’homologie avec la séquence de la souche type de Vibrio mediterranei et les hybridations ADN – ADN (effectuées dans les conditions optimales de réassociation) révèlent un pourcentage d’homologie de 72 p. cent entre ces deux souches. Les deux souches isolées de coraux se distinguent toutefois de Vibrio mediterranei par la composition des acides gras, par leurs caractères antigéniques, par d’autres caractères phénotypiques et par leur pouvoir pathogène.

Ces résultats auraient dû conduire à placer les souches isolées de coraux dans l’espèce Vibrio mediterranei quitte à les placer au sein d’une nouvelle sous-espèce. Tout en reconnaissant que leur choix est arbitraire, Kushmaro et al. proposent cependant la création de la nouvelle espèce, Vibrio shiloi dont la nomenclature a été ultérieurement corrigée en Vibrio shilonii. Pour argumenter le bien fondé de ce choix, les auteurs soulignent que les séquences des ARNr 16S de Vibrio cholerae et de Vibrio mimicus présentent 99,6 p. cent d’homologie. Toutefois, ils oublient de préciser que les pourcentages d’homologie ADN – ADN entre les souches de ces deux espèces ne dépassent pas 50 p. cent.

Caractères bactériologiques

Les souches de Vibrio shilonii, cultivées sur milieux inertes, se présentent sous la forme de bacilles à Gram négatif, de 2,4 µm de longueur sur 1,6 µm de diamètre, non sporulés, mobiles grâce à un unique flagelle polaire entouré d’une gaine, sensibles au composé vibriostatique O129 (30 µg par disque), aéro-anaérobies. L’observation au microscope électronique des bactéries présentes en position intracellulaire dans les tissus des coraux infectés montre des cellules plus courtes (2,0 X 1,0 µm) et dépourvues de flagelles.La plupart des caractères biochimiques ont été étudiés en utilisant des galeries API 20 NE (suspension bactérienne réalisée dans une solution de NaCl à 3 p. cent) et les tests d’assimilation ont été réalisés à l’aide de galeries BIOLOG GN.

. Une réponse positive est notée pour les tests catalase, oxydase, réduction des nitrates en nitrites, production d’indole, gélatinase, hydrolyse de l’esculine, bêta-galactosidase, lysine décarboxylase, acidification (sans gaz) du glucose et du saccharose.

. Les deux souches donnent une réponse négative aux tests uréase, arginine di-hydrolase et ornithine décarboxylase.

. Les tests d’assimilation permettant de différencier Vibrio shilonii de Vibrio mediterranei sont présentés dans le tableau I.

 

En bouillon Marine Broth, Vibrio shilonii cultive à 16 ou à 37 °C mais pas à 42 °C. En bouillon nutritif, la croissance est obtenue pour des concentrations de NaCl comprises entre 2 et 4 p. cent. En revanche, aucune culture n’est observée en présence de 1 p. cent ou de 6 p. cent de NaCl.

 

Après 72 heures d’incubation à 30 °C, les colonies obtenues sur gélose Marine Agar ont un diamètre de 5 mm, elles sont non luminescentes, de couleur jaune pâle ou crème et leurs contours sont légèrement dentelés. Sur gélose TCBS, les colonies sont jaunes et leur diamètre atteint 5 mm après 3 jours d’incubation.

 

Habitat, pouvoir pathogène, facteurs de pathogénicité

Vibrio shilonii a pour habitat l’eau de mer et, lorsque la température de l’eau est basse (inférieure ou égale à 16 °C), la bactérie semble être présente sous une forme viable mais non cultivable. Vibrio shilonii est responsable du blanchiment des coraux de l’espèce Oculina patagonica.

Oculina patagonica (embranchement des Cnidaires, classe des Anthozoaires, Sous-classe des Hexacoralliaires, ordre des Scléractiniaires, famille des Oculinidés) est un corail originaire du sud-ouest de l’Atlantique et qui a envahi la Méditerranée, notamment les côtes israéliennes et les côtes espagnoles. En revanche, cette espèce est rare en Italie et absente des côtes françaises. Comme de nombreux représentants de l’ordre des Scléractiniaires coloniaux, Oculina patagonica vit en symbiose avec des algues unicellulaires et photosynthétiques, présentes dans les cellules du gastroderme des polypes (endosymbiose) et communément appelées « zooxanthelles ». Les coraux qui hébergent des zooxanthelles sont dits zooxanthéllés. Les zooxanthelles des coraux hermatypiques appartiennent au genre Symbiodinium, elles jouent un rôle primordial dans la nutrition et la calcification de leurs hôtes et elles sont responsables de la couleur brune des coraux.

La perte des zooxanthelles et/ou l’inhibition de la synthèse de pigment par les zooxanthelles conduisent à une maladie appelée blanchiment des coraux (coral bleaching) et pouvant provoquer une mortalité compte tenu du rôle important joué par les zooxanthelles. Depuis les années 1980, le blanchiment des coraux a pris une extension importante et constitue une menace pour les récifs coralliens, notamment pour les grands atolls polynésiens. Les causes du blanchiment ne sont pas connues avec certitude, mais le réchauffement des eaux, l’augmentation du rayonnement ultraviolet, la pollution et l’eutrophisation de l’eau semblent importants. L’élévation de la température de l’eau (réchauffement de la planète, El Niño) serait un facteur primordial et, expérimentalement, l’augmentation de la température de l’eau peut conduire au blanchiment. Cependant, le réchauffement de l’eau n’est pas toujours en cause (certains épisodes de blanchiment se produisent en l’absence de modification de température) et il n’explique pas le blanchiment hétérogène, en mosaïque, observé sur les colonies de coraux.

Dès 1996, Kushmaro et al. ont montré que le blanchiment des colonies de Oculina patagonica, vivant au large des côtes israéliennes, était lié à la colonisation des coraux par un vibrion dénommé Vibrio AK-1 puis rebaptisé Vibrio shilonii. Les principaux arguments rapportés par l’équipe israélienne sont les suivants :

. Vibrio shilonii est présent dans la couche de mucus qui recouvre la surface des coraux atteints de blanchiment alors qu’il ne peut être isolé de coraux sains.

. Des coraux sains mis en présence de coraux malades, dans un aquarium dont la température de l’eau est maintenue à 25 °C, présentent des signes de blanchiment dès le 20ème jour. Ce phénomène n’est pas observé lorsque les coraux sont placés dans une eau à 17 °C.

. Le dépôt de 10 µl d’une suspension bactérienne (5 X 106 bactéries/mL) sur des coraux sains élevés à 25 °C conduit à des lésions de blanchiment en 6 à 8 jours.

. L’élevage des coraux dans une eau contaminée par Vibrio shilonii (5 X 106 bactéries/mL) conduit à des lésions de blanchiment lorsque la température est de 25 ou de 26 °C. En revanche, aucune lésion n’est observée si les coraux sont placés dans une eau contaminée à 16 °C. Chez les coraux présentant des lésions, le nombre de zooxanthelles est significativement plus bas que chez les coraux sains.

. La présence de 100 mg/L de kanamycine ou de pénicilline G inhibe le développement des lésions chez des coraux élevés dans une eau contaminée à 25 °C.

Le premier stade de l’infection des coraux consiste en une adhésion spécifique de Vibrio shilonii. Cette adhésion s’effectue sur des récepteurs tissulaires contenant du bêta-D-galactopyranoside et, expérimentalement, elle est inhibée par le méthyl-bêta-D-galactopyranoside ou, dans une moindre mesure, par le D-galactose. La synthèse de l’adhésine par Vibrio shilonii est un phénomène dépendant de la température qui se produit à 25 °C mais pas à 16 °C. Cette observation permet d’expliquer le rôle crucial de la température de l’eau dans le développement des lésions de blanchiment.

Dans un deuxième temps, Vibrio shilonii pénètre dans les cellules et, en 24 heures, environ 71 p. cent des bactéries sont en position intracellulaire. Dans les cellules, Vibrio shilonii se multiplie sous la forme de bactéries viables mais non cultivables et, en 72 heures, le nombre de bactéries est multiplié par six. L’état viable mais non cultivable de Vibrio shilonii en position intracellulaire explique qu’il soit difficile d’isoler la bactérie des lésions.

Dans les cellules infectées, Vibrio shilonii produit des toxines qui inhibent la photosynthèse des zooxanthelles et les lysent. Parmi ces toxines, un peptide thermostable de 12 acides aminés (dont six résidus de proline, d’où son nom de toxine P) a été isolé et synthétisé. In vitro, la toxine P se fixe sur les zooxanthelles et semble faciliter la pénétration d’ammoniac dans les algues ce qui bloque la photosynthèse.

Si le blanchiment de Oculina patagonica vivant en Méditerranée est lié à une infection par Vibrio shilonii, il ne faut pas en déduire que cette bactérie est à l’origine de tous les cas de blanchiment observés dans le monde. D’autres espèces bactériennes ou l’intervention exclusive de facteurs physiques peuvent expliquer le blanchiment d’autres espèces de coraux dans d’autres localisations géographiques.

Sensibilité aux antibiotiques :

Selon Kushmaro et al. Vibrio shilonii est sensible à la pénicilline G, à l’ampicilline, à l’érythromycine, à la tétracycline, à l’oxytétracycline, à la streptomycine et à la kanamycine.

Texte du site notre-planet.info de fevrier 2009.

L’ICRI (Initiative Internationale pour les récifs coralliens) et l’IFRECOR (l’Initiative française pour les récifs coralliens) viennent d’éditer le bilan 2008 de l’état des récifs coralliens mondiaux : the «Status of Coral Reefs Of The World : 2008». Ce bilan rassemble les opinions de 372 chercheurs et gestionnaires de 96 nationalités, spécialisés dans l’étude et la gestion des récifs coralliens.

Pour Jean-Louis BORLOO, ex-ministre d’État,ex- ministre de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du Territoire, et Chantal JOUANNO, ex-secrétaire d’État chargée de l’Écologie, «les récifs coralliens sont un enjeu majeur de l’action de conservation de la biodiversité. Ils représentent en effet 95 % de la biodiversité côtière nationale et constituent une richesse naturelle inégalée en Europe. Il est de notre devoir de les préserver et il y a urgence à le faire. C’est pourquoi le Grenelle Environnement s’est engagé à renforcer son soutien à l’IFRECOR. L’implication de la France dans les négociations menées à partir du 18 février à Nairobi pour la création d’un mécanisme d’expertise scientifique sur la biodiversité à l’instar du GIEC sur le climat montre notre volonté d’agir pour préserver notre patrimoine naturel».

Selon le bilan 2008 de l’état des récifs coralliens, 54 % des récifs mondiaux sont menacés et parmi eux 15 % risquent de disparaître dans les 10 à 20 prochaines années (surtout en Asie du Sud est, et dans les Caraïbes), et 20 % de plus sont menacés de disparition d’ici 20 à 40 ans.

Les principales causes de cette évolution sont les pratiques de remblaiement, la pêche, la pollution générale littorale et la pression démographique croissante.

Depuis la seconde guerre mondiale, le monde a ainsi perdu 19 % de ses récifs coralliens notamment dans les zones littorales très urbanisées.

Depuis 2004, date du dernier bilan, des progrès ont néanmoins été enregistrés :

- Les récifs coralliens de la Nouvelle-Calédonie ont été classés au Patrimoine Mondial de l’Humanité. Il s’agit du premier espace de l’Outre-Mer français inscrit au patrimoine mondial. Pour la France, il s’agit là d’une reconnaissance mondiale de l’originalité et de l’importance de ces récifs qui représentent 16 000 km2 de l’écosystème corallien protégé sur les 40 000 km2 existant en Outre-mer français : Le Comité du patrimoine mondial, réuni pour sa 32ème session, a terminé l’inscription de nouveaux sites sur la Liste du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) le 8 juillet. Au total, 19 sites culturels sites et 8 sites naturels ont été ajoutés à la Liste dont les lagons de Nouvelle-Calédonie pour leur diversité récifale et les écosystèmes associés. Il s’agit du premier espace de l’Outre-Mer français inscrit au patrimoine mondial.

L’inscription sur la Liste du patrimoine mondial d’une grande partie d’une grande partie du récif corallien de Nouvelle-Calédonie a été saluée par Jean-Louis BORLOO, ministre d’État, ministre de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du Territoire (MEEDDAT) :  » en cette année internationale des océans, un nouveau pas a été franchi vers l’objectif fixé, dans le cadre du projet de loi Grenelle Environnement, de placer 2 % du territoire sous protection forte d’ici 10 ans « .

Les lagons de Nouvelle-Calédonie

Entourée d’une barrière de corail de 1 600 km de long, la Nouvelle-Calédonie est le pays du plus grand lagon du monde. À certains endroits de la côte, la barrière de corail se situe seulement à quelques kilomètres des terres, à d’autres il faut parcourir 65 km pour la rejoindre. Sa flore et sa faune sont uniques au monde et il abrite entre quinze et vingt mille espèces marines telles que les baleines à bosse, les dugongs et les tortues marines.

Selon la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO, les lagons de Nouvelle-Calédonie constituent « six groupes marins représentant la diversité principale des récifs coralliens et des écosystèmes associés de l’archipel français de Nouvelle-Calédonie, dans le Pacifique, un des trois systèmes récifaux les plus étendus du monde.

On y trouve une diversité exceptionnelle d’espèces de coraux et de poissons et un continuum d’habitats allant des mangroves aux herbiers marins avec la concentration de structures récifales la plus diversifiée de la planète. Les lagons et récifs coralliens de Nouvelle-Calédonie abritent des écosystèmes intacts avec des populations nombreuses et diversifiées de grands prédateurs et de grands poissons. Ils offrent un habitat pour nombre de poissons, tortues et mammifères marins en danger dont la troisième plus large population de dugongs du monde. Ces sites sont d’une beauté exceptionnelle et contiennent des récifs d’âge varié, allant de structures vivantes à d’anciens récifs fossiles, qui offrent une source importante d’information sur l’histoire de l’Océanie. »

Le lagon néo-calédonien constitue la deuxième plus grande barrière corallienne continue du monde après celle de l’Australie. La zone reconnue par l’UNESCO se répartit en six sites totalisant quelques 15 000 km², sur les 23 000 km² que constitue la zone totale. Les six sites comprennent notamment :

– dans le Sud, le Grand Lagon Sud et la zone côtière Ouest,

- dans le Nord, la zone côtière Nord et Est et le Grand Lagon Nord,

- aux îles Loyauté, les Atolls d’Ouvéa et de Beautemps-Beaupré,

- et au large, les Atolls d’Entrecasteaux.

Ces six espaces marins représentent la diversité principale des récifs coralliens et des écosystèmes associés de l’archipel français de Nouvelle-Calédonie. Ils seront gérés et suivi sous la coordination de comités locaux associant tous les acteurs.

33ème site français inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO, le récif corallien de Nouvelle-Calédonie est le deuxième à être uniquement naturel, après le Golfe de Porto en Corse.

Une opportunité pour un développement durable de la région

 

Cette reconnaissance internationale est une formidable opportunité pour la Nouvelle-Calédonie qui intègre le club très convoité des 167 pays possédant des « biens naturels » reconnus à travers le monde pour leur « caractère exceptionnel, universel et inestimable », parmi lesquels, le grand canyon du Colorado, les fjords de Norvège et les îles Galàpagos.

Selon le MEEDDAT, cette inscription devrait favoriser l’essor d’un tourisme durable et respectueux des sites, notamment la plongée sous-marine, et une gestion adaptée des ressources du lagon.

Les autres sites en liste

Le comité d’experts de l’UNESCO, réunit jusqu’au aujourd’hui jeudi à Québec, a également retenu pour la France 12 fortifications construites par Vauban, le célèbre architecte militaire.

Parmi les sites européens inscrits sur la liste, figurent les lotissements sociaux avant-gardistes de Berlin et le centre historique de Saint Marin. De nombreux sites internationaux ont également été ajoutés. Pour les prochaines années, la France prépare les propositions d’inscription du Volcan de l’Ile de La Réunion et des paysages de l’agropastoralisme méditerranéen des Causses et Cévennes.

- Deux immenses Aires Marines Protégées (AMP) consacrées aux récifs coralliens ont été établies dans le Pacifique par les gouvernements des Etats-Unis et de Kiribati :

Le président Bush a déclaré, le 6 janvier, « monuments nationaux marins » trois zones de l’océan Pacifique (la fosse des Mariannes, l’atoll Rose et un archipel isolé) qui couvrent plus de 505 000 km2 et qui comprennent des volcans sous-marins en activité, des requins de récif, des palourdes énormes, des centaines d’espèces de poisson et de corail et une multitude d’oiseaux de mer et d’oiseaux migrateurs.

Il a pris cette décision en vertu de la loi de 1906 qui habilite le président des États-Unis à protéger des zones d’importance historique ou scientifique dans des territoires appartenant aux États-Unis ou placés sous leur contrôle.

Le décret présidentiel interdit « la destruction ou l’extraction de ressources, la décharge d’ordures et la pêche à des fins commerciales », mais permet les travaux de recherche, la libre circulation de navires et d’aéronefs et les activités de loisir.

Il s’agit là de la plus grande superficie qui soit protégée dans un océan. Elle est de 50 % supérieure à la superficie de tous les parcs nationaux réunis des États-Unis. La protection de ces « monuments » s’applique immédiatement et n’a pas à être approuvée par le Congrès.

Selon le directeur général du Pew Environment Group, M. Joshua Reichert, « cette décision d’importance historique du président Bush protège certains des habitats océaniques les plus exceptionnels et les plus importants du monde sur le plan biologique. Avec la création du « monument marin » d’Hawaï il y a deux ans, la création de cette zone marque la fin d’une période où l’homme a compris de mieux en mieux la nécessité de protéger des endroits sauvages en voie de disparition sur la terre, sans cependant comprendre la situation critique de nos océans. »

Pour sa part, le président de l’association Friends of the Monument aux îles Mariannes, M. Ignacio Cabrera, s’est déclaré fier que le président Bush ait reconnu l’importance et la richesse des eaux de ces îles. « Nous pouvons maintenant partager avec le monde cet endroit particulier auquel les habitants de nos îles tiennent tant », a-t-il dit.

La protection d’un océan en parfait état

Le « monument national marin » de la fosse des Mariannes comprend les écosystèmes des récifs coralliens situés autour des îles de l’extrême nord de l’archipel septentrional des îles Mariannes. Cette fosse est la plus profonde du monde ; sa profondeur est supérieure à l’altitude du mont Everest. Elle comprend une vingtaine de volcans sous-marins et de cheminées hydrothermales en activité.

Le corail au large de l’île Jarvis fait parti des nouveaux Monuments marins des Îles pacifiques lointaines.

« Une multitude d’espèces fascinantes vit au milieu des volcans qui émettent de l’hydrogène et des cheminées hydrothermales qui éjectent de l’eau bouillante et très acide », a indiqué M. Bush. Des scientifiques estiment que la vie sur notre planète a commencé dans des conditions semblables.

Le « monument national marin » des îles reculées du Pacifique protégera les écosystèmes des récifs coralliens situés autour des atolls Kingman Reef, Palmyra et Johnston ainsi que des îles Howland, Baker, Jarvis et Wake. Ces zones abritent des centaines d’espèces de poisson, des tortues en voie d’extinction, des oiseaux de mer, des oiseaux migrateurs et des prédateurs tels que des requins qui sont au sommet de la chaîne alimentaire, a dit un haut responsable des services de l’environnement de la Maison-Blanche, M. Jim Connaughton, lors de la conférence de presse qu’il a donnée le 5 janvier.

Quant au « monument national marin » de l’atoll Rose, il protégera l’écosystème des récifs coralliens situés autour d’une zone reculée des îles Samoa américaines. C’est l’une des plus grandes étendues de coraux vivants du monde, qui abrite aussi des palourdes géantes, des requins de récif et de très grands poissons perroquets, a précisé M. Connaughton.

Écologiste des milieux marins de l’organisme National Geographic, M. Enric Sala, a déclaré à America.gov à ce propos : « Ces lieux reculés sont en partie protégés par leur isolement, mais de nos jours aucun endroit en mer n’est à l’abri d’activités illégales. Les flottes de pêche des pays du monde entier opèrent pratiquement n’importe où dans les océans. »

Si la pêche à des fins commerciales est interdite dans les zones déclarées « monuments nationaux », les navires, les sous-marins et les aéronefs continuent d’avoir le droit d’y circuler. De même, selon la Maison-Blanche, « les activités, les exercices et les enquêtes » des forces armées américaines y seront autorisées.

L’étude scientifique des océans

Avant la décision que le président Bush a prise le 6 janvier, seul 0,08 % des océans du monde étaient protégés pour ce qui est de la pêche et des forages, alors que le pourcentage des zones terrestres protégées (parcs nationaux et réserves naturelles) est de 12 %, a indiqué M. Sala. Il s’agit là, a-t-il ajouté, du « premier grand pas vers la protection de grandes étendues » dans les océans qui seront au moins comparables aux zones terrestres qui sont protégées.

La protection de ces zones « revêt une immense importance d’ordre scientifique parce qu’elle permet aux scientifiques d’étudier les écosystèmes qui sont les plus proches de ce qu’était le monde, ce qui est essentiel pour comprendre comment on peut mieux gérer et peut-être remettre en état le reste des océans dont la dégradation est si grave », a déclaré à America.gov le professeur Jeremy Jackson, qui est à la tête du département de recherche des sciences de la terre à l’Institut Scripps d’océanographie.

Selon M. Sala, la plupart des études scientifiques ont porté sur des récifs coralliens endommagés, de sorte que l’on n’a pas une bonne idée de la vie des récifs coralliens dans un état normal.

« Si tout ce que vous avez fait se limite à étudier les voitures accidentées dans un entrepôt de ferrailleur, vous ne saurez jamais que la fonction originale de la voiture était de transporter des gens d’un lieu à un autre, a-t-il dit. Ces zones vierges de l’océan constituent l’équivalent de l’établissement d’un concessionnaire où vous pouvez examiner une voiture en parfait état. En d’autres termes, ces zones représentent le meilleur manuel d’utilisation pour comprendre les récifs coralliens et notre incidence sur leurs écosystèmes. »

Quant au professeur Jackson, il a fait remarquer : « Ce genre de mesure est à mon avis essentiel pour que l’on puisse espérer qu’à l’avenir les océans seront en bon état. »

- Dans l’Océan indien, et en particulier aux Seychelles, aux Chagos et aux Maldives, l’état des récifs continue de s’améliorer depuis le blanchissement de 1998.

- En décembre 2007, le président indonésien, a lancé le projet «Initiative pour le «Triangle de Corail» dans le Sud-Est asiatique. Ce projet est animé et coordonné par le gouvernement indonésien avec des crédits de la Banque mondiale et plusieurs pays de la zone (Indonésie, Philippines, Papouasie Nouvelle Guinée, Australie, Salomon).

- Reef Check (Réseau de surveillance de l’état de santé des récifs) a rassemblé 20 700 signatures en faveur de la “Déclaration des Droits des Récifs Coralliens », lancée en 2008.

- Le Fonds mondial pour l’environnement a accordé 100 millions de dollars au fonds «Pacific Alliance for Sustainability» afin de rassembler les pays du Pacifique pour la conservation de leur environnement. Une partie de ce fonds sera allouée à l’Initiative pour le Triangle de Corail et au Challenge de Micronésie.

Durant l’année internationale des récifs coralliens qui vient de s’achever, la mobilisation de la communauté internationale autour des récifs coralliens a été forte. Les six mois de la présidence française de l’Union européenne ont été marqués par des avancées essentielles qui permettent de relever le défi du changement climatique. En France, un nouveau pas a été franchi vers l’objectif fixé, dans le cadre du Grenelle Environnement, de placer 2 % du territoire sous protection forte d’ici 10 ans.

On verra si les politiques tiennent leur promesse, nouvel état des lieux dans quelques années…

 

 

 

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